Lettre ouverte du Numérique à Poitiers

Les signataires : Marie-Christine Audigier, Vincent Blanchard, Philippe Baudelot, Patrick Boespflug, Charles Brisset, Amandine Brugière, Siegfried Burgeot, Michel Cavaillé, Agnès Clairand, Bruno Deschemps, Djyp Forest, JC Gilbert, Pierre Goubault, Stéphane Graciet, Christine Graval, Laurianne Kaprielian, Benoît Latterade, Delphine Lechat, Thomas Leclerc, Dorian Lecuyer, Daniel Lodenet, Françoise Le Chanjour, Florence Logeay, Julien Malherbe, Vincent Morisset, Alexis Nault, Martine Pelletier, Jérôme Poupault, Isabelle Preud’Homme, Jean-François Rose, Jason Rouet, Simon Royer, Lionel Simonot, Patrick Tréguer, Lucie Vincent,…Voir la suite

Liminaire : le numérique tel qu’on l’entend…Le numérique constitue le support technique des usages mais son évolution ainsi que son déploiement dépendent en grande partie des utilisations, des besoins, des envies. Pour cela, il doit savoir rester ouvert, rassembleur, fédérateur et participatif, créatif et ludique, collaboratif et intergénérationnel, culturel, éducatif et pédagogique. Il doit s’appuyer sur des offres de services – infrastructures de communication, logiciels, lieux de partage de pratiques – qui devraient être considérées comme des « biens communs » accessibles à tous. Ainsi, afin de soutenir les usages sans les prescrire et d’en développer de nouveaux, pour construire un territoire innovant, un seul mot d’ordre : « Encouragez et laissez émerger les usages ! »
Développer une dynamique locale participative, citoyenneParce que le numérique touche à toutes les problématiques sociétales et qu’il soulève des enjeux politiques nouveaux (d’un côté : sécurité des données personnelles, transparence et surveillance, protection des communications privées, monopole économique, addictions, nouvelles pathologies. De l’autre côté : économie collaborative, partage, nouvelles solidarités, nouvelles sociabilités, biens communs, accessibilité du savoir), il ne doit pas être laissé seulement aux mains des acteurs du marché. Les équilibres de ce nouveau monde doivent se construire avec l’ensemble des parties prenantes. Les enjeux doivent se discuter collectivement.
Actions possibles :

  • => Multiplier les débats autour des nouveaux enjeux sociétaux du numérique ( la transparence, les données personnelles, le wifi et les risques liés aux ondes, la fabrication locale, les logiciels libres, les biens communs, les données ouvertes, etc…).
  • => Créer des rencontres inter-réseaux pour décloisonner les filières, et faire se rencontrer les acteurs.
  • => Créer un conseil local du numérique permettant aux acteurs locaux de donner leur avis sur les politiques publiques.

Initiatives existantes en France ou à l’étranger :

Travailler sur l’e-inclusion et l’éducation numériqueSi les usages sont « natifs » chez les plus jeunes générations (l’usage des machines est plus intuitif), il n’en reste pas moins que leur développement doit être « éclairé », à la lumière des enjeux et des risques possibles. L’éducation nationale comme l’éducation populaire ont un rôle à jouer. Une réflexion en profondeur doit être menée par les acteurs socio-éducatifs sur le contenu d’une “culture numérique” (“le code, nouveau latin ?”, “Pour une éducation à la pensée algorithmique ?”, …) et ses modalités d’acquisition. Les populations en rupture avec les technologies, qu’elles soient plus âgées ou en situation de précarité, doivent pouvoir trouver les accompagnements nécessaires et les espaces de formation, aujourd’hui encore trop peu nombreux sur notre territoire.
 Actions :

  • => Impulser une dynamique de formation et de développement des usages du numérique auprès des publics jeunes via le CRIJ, les Petits Débrouillards, les Espaces publics numériques, l’Université de Poitiers, Maisons de quartiers…
  • => Inciter les espaces publics (réseaux des bibliothèques, ludothèques, espaces culturels, scientifiques et techniques etc.) à développer l’accès (wifi en libre accès, etc…)et le prêt de matériel (ebook, tablette, jeux vidéos, etc.).
  • => Accompagner les enseignants dans la conception de nouvelles méthodes et de supports pédagogiques à partir des outils existants.

 Initiatives existantes en France ou à l’étranger :

Encourager l’innovation « hétérodoxe »Dans un monde ultra-connecté, l’innovation ne vient plus seulement des laboratoires de R&D, des centres de recherche, des clusters d’entreprises. Elle découle moins des technologies elles-mêmes que de leurs usages, massifs, inventifs, inattendus, parfois subversifs : d’où l’importance de favoriser l’émergence, l’essai-erreur et le soutien aux projets inattendus, “non-conformes”, qu’ils soient entrepreneuriaux, associatifs, citoyens. Leurs foisonnements et leurs croisements seront à la base du développement économique et social de demain.
 Actions possibles :

  • => Multiplier les lieux (FabLab, tiers-lieux, infolab, living-lab …) pour « faire » : élaborer, réaliser des projets (prototype rapide), trouver des ressources, des compétences, expérimenter (des usages, de la co-conception avec les utilisateurs) ;
  • => Mettre en place des espaces de travail partagés pour les travailleurs mobiles, (qu’ils soient salariés ou indépendants).
  • => Encourager et donner de la visibilité aux initiatives locales d’économie collaborative.
  • => Favoriser les formes de financement participatif via des plateformes ou des systèmes d’échanges

Initiatives existantes en France ou à l’étranger :

  • FacLab de Cergy-Pontoise, FabLab de Ligugé
  • - Le réseau des “cantines” (Rennes, Toulouse, Paris, Marseille, etc.)
  • - L’initiative PatchWorking à Poitiers
  • - Les lieux mutualisés : La Résidence du CRIJ, Le Pacha, Le level 6, … à Poitiers
Hybrider l’économie, accompagner les transformations du commerce de proximitéL’économie et le commerce se développent désormais en multicanal, croisant les réseaux physiques et numériques, et intégrant dans la chaîne de production de plus en plus de contributeurs externes. C’est le cas des grandes plateformes du web, qui s’alimentent des contributions – volontaires ou indirectes – de la “multitude” (plateformes qui, par ailleurs, échappent aux principales taxations nationales ou locales). Parallèlement on observe aussi un processus de relocalisation de certains axes de production grâce à la démocratisation d’outils et la possibilité de reconstituer des circuits courts et agiles, en réseaux. Economie circulaire, économie de la fonctionnalité, économie de la contribution, économié collaborative… des modèles nouveaux émergent qui réinventent les échanges marchands de proximité.
Actions possibles :

  • => Sensibilisation et débat autour de l’économie collaborative et de ses effets collatéraux, incluant les chambres de commerce et d’industrie, les associations de commerçants, etc.
  • => Formation aux commerçants

Initiatives existantes en France ou à l’étranger :

Travailler autrementDes transformations profondes des pratiques de travail sont en cours sous l’effet du numérique. Pour un nombre croissant d’individus, le contenu du travail se dématérialise et est interfacé par des écrans, des machines. Cela ouvre sur de nouvelles modalités : travailler en mobilité, à distance, en dehors des horaires prescrits; ainsi qu’un éclatement des frontières entre vie professionnelle et personnelle. Désormais, l’individu gère depuis les mêmes supports l’ensemble de ses activités. Pour les organisations, l’externalisation de certaines parties de la chaîne de production est facilitée (sous-traitance,co-traitance, intermittence). L’entreprise est définitivement « étendue », en réseau, incorporant une myriade d’intervenants aux statuts multiples (CDD, CDI, consultant, sous-traitant, partenaire…). Si les pratiques de travail changent, alors la manière d’aménager l’activité sur les territoires doit changer elle-aussi.
Actions :

  • - Favoriser les « lieux partagés d’activités » : offrant un espace de travail équipé à des travailleurs nomades, en mobilité, en reconversion, en recherche d’emploi ; ou à des organisations étendues.

 Initiatives innovantes existantes en France ou en Europe :

Ouvrir les donnéesS’inscrire dans une démarche « Open Data » consiste à rendre accessible une collection de données détenues par les Administrations Publiques et à autoriser leur exploitation par des tiers, la publication de ces données publiques restant soumise au respect du cadre réglementaire en vigueur. Le gouvernement a réaffirmé en septembre son engagement dans l’ouverture des données publiques, comme vecteur d’innovation pour l’économie et la société française (cf. circulaire du 16 septembre 2013). L’État a depuis 2012 sa plateforme de données ouvertes data.gouv.fr. Plus d’une trentaine de collectivités en France ont ouvert elles aussi. Cette dynamique s’inscrit dans un mouvement plus large d’open government, et d’open sciences. Même les entreprises s’y mettent (La SNCF, La Poste en France, Ford à l’étranger) ! Si les données constituent le nouvel or noir de l’économie, alors il est urgent d’ouvrir les données publiques, et de créer les conditions de leur exploitation possible sur le territoire par un plus grand nombre d’acteurs.
Actions possibles :

  • => Lancer l’ouverture des données publiques de la ville et l’agglomération de Poitiers
  • => Développer une culture des données (privées, publiques, open data, big data…), et faire monter en compétences les acteurs locaux sur ces sujets (via des formations, et des lieux de médiation et de manipulation de données).
  • => Animer la dynamique d’ouverture par des manifestations ad hoc (hackathon, concours de réutilisation, etc.)

Initiatives existantes en France ou à l’étranger :

  • - Ville et agglomération de Nantes, Rennes, Bordeaux, Angers
  • - L’association Open Data France, réunissant les collectivités territoriales ayant ouvert leurs données
  • - Les concours Dataconnexions d’Etalab
Développer des services publics numériques simplifiés et de qualitéL’accès à l’information et aux services publics passe aujourd’hui en grande partie par les sites des organisations. La vague d’e-administration des années 2000 a donné naissance à une multitude de portails de téléservices, recomposant à l’identique, sur internet cette fois, le millefeuille administratif. Si la répartition des compétences entre collectivités se justifie, elle n’est pas facilement comprise, et encore moins connue du grand public. Cela a pour conséquence de laisser aux moteurs de recherche le soin de trier la remontée des informations selon une pertinence parfois relative. Dans ce nouvel “âge de l’accès”, le service public doit être exemplaire en matière de simplicité d’accès, d’ergonomie et de structuration de l’information et des services. C’est une philosophie de “services aux publics” qui doit être poursuivie, impliquant une partie de co-conception de services avec les usagers.
Actions possibles :

  • Pour les principaux services aux publics, effacement des frontières administratives (ville/agglo)
  • => Désignation d’un élu dédié aux problématiques numériques
  • => Mise en place d’ateliers de co-conception de services avec les habitants, et d’amélioration continue des services publics numériques.
  • => Utilisation de formats ouverts et interopérables pour tous les documents et contenus destinés au public.
Expérimenter une gouvernance participativeL’engagement citoyen ne se vit plus de la même façon. L’élévation du niveau d’éducation et la simplification des accès à l’information ont rendu les citoyens plus exigeants. Leur implication dans la vie publique et leur intérêt aux dimensions politiques ne diminuent pas. Mais, ils changent de forme, sous l’effet, entre autres, des réseaux numériques. Les pratiques démocratiques doivent s’appuyer sur la “mutation” des nouveaux modes de participation. C’est tout l’enjeu proposé par les dynamiques “Open Gov” et “Open Source Governance”.
Actions possibles :

  • - Permettre aux citoyens de faire des propositions d’actions publiques au niveau local
  • - Intégrer plus en amont les citoyens à la gestion la vie locale

Initiatives existantes en France ou à l’étranger :

Favoriser l’expression de la créativité et la participation des acteurs motivés du territoire dans le domaine culturel et artistiqueN’étant qu’au début de l’avènement de la société numérique, tout est encore à inventer. Pour cela il est indispensable que les démarches culturelles et artistiques soient une composante essentielle du dispositif d’action et de réflexion sur le “numérique”. C’est en favorisant l’expression, la créativité, l’inventivité collectives que les citoyens exploreront les potentialités et les risques de cette nouvelle société : qu’ils développeront un esprit critique et averti, et qu’ils concevront et souhaiteront certains « possibles », plutôt que d’autres. Sortir les citoyens d’une vision individualiste – voire isolante – des usages, et réinventer de nouvelles formes de collectif sont une nécessité. La création numérique, ouverte à toutes et à tous, est un gage de citoyenneté.
Actions possibles :

    • - Favoriser la rencontre publics, artistes et oeuvres en intégrant les spécificité du numérique : webart, création sonore, dispositifs de géolocalisation, dispositifs numérique d’éditorialisation et d’expression dans l’espace urbain, l’espace public, les musées, lieux publics, lecture, écriture sur des thèmes partagés dans le domaine du numérique, utilisation de la téléprésence pour des performances,des lectures, des mises en scène à distance entre les lieux…).
    • - Favoriser l’implication des citoyens dans des projets culturels participatifs
    • - Décloisonner les lieux de création, dans le respect des approches artistiques
    • - Débattre des nouveaux modes de financement (économie solidaire, économie de la culture..) en réunissant acteurs du champs culturel et de l’économie numérique.
    • - Création d’espaces de création, d’expressivité, et d’échange : en lien avec des artistes : avec l’école des Beaux-arts, le FRAC, E.E.S.I, Université (art du spectacle, théâtre), Conservatoire, Lieu multiple (EMF), le Pacha (espace de coworking), Confort moderne, fanzinothèque, Médiathèque, TAP…Dans un esprit de décloisonnement sur des projets lisibles et visibles.

Initiatives existantes en France ou à l’étranger :

Donner de la visibilité aux initiatives localesÀ Poitiers, les activités relevant du domaine du numérique sont nombreuses et variées. Les événements suivants (Rencontres Nationales du Numérique, Petits déjeuners du SPN, Digikaapéro, WebSchool, Campus Européen d’été de l’université de Poitiers, …) en témoignent. Pour autant, les acteurs souffrent d’un manque de visibilité. Bien que le numérique s’étende aussi au champ associatif, culturel, éducatif, à la recherche…, en dehors de la filière des entreprises du web, point de salut. Et pourtant, tout le monde aura à gagner aux croisements des regards, à la mutualisation des ressources ou encore à être identifié comme une « filière », même protéiforme.
Actions possibles :

  • => Organisation d’un événement numérique mettant en avant les acteurs locaux (webdesign, hébergeur, développeur, vidéastes …)
  • => Projet de cartographie des ressources territoriales
  • => Agenda partagé via l’ouverture des données événementielles

Initiatives existantes en France :

Créer un écosystème structuré et reliéSavoir relier les contraires, la “cathédrale” et le “bazar”, le “in” et le “off”, est aujourd’hui un critère encourageant et stimulant l’innovation. L’enjeu est donc d’ériger sur notre territoire un réseau structuré liant entre elles les initiatives numériques – des plus institutionnelles aux plus informelles ou des plus élaborées aux plus émergentes, des plus entrepreneuriales aux plus associatives – et mettant en visibilité les acteurs, les ressources.
Actions possibles :

  • => Via une animation spécifique, mettre en réseau et mettre en visibilité les espaces ressources (outils, formation, espace de “bricolage”), les rencontres inter-réseaux, les espaces de dialogue et de débat, les modalités de soutien et de financement des projets

Initiatives existantes en France ou à l’étranger :

  • La Fonderie IDF : agence numérique de la Région Île-de-France animant et mettant visibilité les événements thématiques régionaux.
Mettre les investissements en infrastructures en débatLe développement du numérique pour tous peut nécessiter des investissements en infrastructures d’une hauteur financière peu commune. Si les usages ne peuvent pas se développer sans les infrastructures, ces dernières ne suffisent pas non plus à développer spontanément les usages. D’où la nécessité de débattre des investissements d’avenir par les citoyens et les parties prenantes. Plus les investissements seront débattus, plus la société sera à même de s’approprier et exploiter ceux-ci.
Actions possibles :

  • - Développer le débat autour des usages possibles des infrastructures Très Haut Débit : développer le télé-travail, héberger son propre site web, proposer des datacenter locaux pour les organisations/institutions publiques, etc.
  • - Elargir la communication relative au calendrier des chantiers d’infrastructures à tous les publics et pas seulement aux entreprises ! “Le très haut débit, c’en est où ?”, “La 4G, c’est pour quand ?”, etc.

3 thoughts on “Lettre ouverte du Numérique à Poitiers

  1. Pingback: Une petite histoire de l'Open Data à Poitiers, à suivre - Référencement, création de sites internet sur Poitiers - Baudelot Philippe

  2. Parrod Nicolas Reply

    Bonjour, Rurart mène depuis 1998 au travers de ses expositions et de son EPN (labélisé en son temps ECM) des actions et projets sur le numérique : le décryptage de ses enjeux et usages, le défrichage de nouvelles pratiques et outils et le soutien aux artistes notamment numériques.
    L’établissement situé en milieu rural travaille avec des publics très diversifiés : primaires, collégiens, lycéens, adultes actifs et retraités et oeuvre à la propagation d’un monde numérique libre et ouvert avec comme axe central : « favoriser l’autonomie des personnes ».

    Je trouve votre initiative tout à fait intéressante, comment pouvons-nous y participer ?

    Cordialement
    Nicolas Parrod
    -Rurart-

    • admin Post authorReply

      Bonjour Nicolas, c’est Siegfried,
      Tu peux peut-être commencer par me téléphoner :)
      Quand tu veux on en parle. À bientôt.

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